COMMEMORATION DE LA RETIRADA de 1939 à LAMANERE – DISCOURS DE Mme le MAIRE

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Caminos, camins, chemins de la Retirada : Journée filmée  du 14 février 2021

Mme la Présidente, Jacqueline Payrot et le Conseil d’administration de l’Association des Filles et Fils de Républicains Espagnols et Enfants de L’Exode (FFREEE) .

Mr Georges Bartoli, neveu de l’artiste auteur du dessin gravé sur la plaque représentant le chemin de Beget à Malrems.

Mmes et Mrs les élus qui ont fait ce déplacement aujourd’hui :

  • Mr Alexandre Raynal, Conseiller Départemental,
  • Mr Claude Ferrer, Président de la Communauté des Communes, et Maire de Prats-de-Mollo,
  • Mr Philippe Juanola, Maire de Serralongue,
  • Mme Madeleine  San Juan  adjointe au Maire de la Commune de St Laurent de Cerdans,

Mesdames, Messieurs,

D’emblée, au nom de la Commune de Lamanère, je tiens à remercier l’association des FFREEE (Fils et Filles de Républicains Espagnols et Enfants de l’Exode) et «les Caminos, Camins, Chemins de la Retirada » d’avoir accepté de nous accompagner dans cette démarche de commémoration du tragique exode des hommes, femmes,  enfants, vieillards, fuyant les 3 années de guerre civile espagnole de fin janvier à mi-février 1939. Merci à notre adjoint municipal Gérard Cuvilliez pour avoir assuré le lien avec la Présidente de FFREEE Mme Jacqueline Payrot ces derniers mois, et pour son investissement dans la mise  en place de l’évènement d’aujourd’hui.

Lamanère, village frontalier, fait partie de la dizaine des lieux de passage des réfugiés de ce conflit. Mais lorsqu’on s’y promène aucune stèle ou monument ne signalait ce que fut cet évènement d’envergure dans une aussi petite communauté d’alors 350 âmes.

Même si nous n’avons pas retrouvé de photos des réfugiés datant de ce passage, quelques témoignages de nos anciens villageois subsistent:

Mr Joseph Juanole, propriétaire de Can Baruti , cette maison à côté de nous qui était une petite ferme, impressionné par le flot des arrivants du chemin de Malrems écrivit : « du samedi 28 janvier au jeudi 2 février, sont passés  au Pont de Can Baruti 25000 fugitifs qui ont été fouillés et désarmés ainsi qu’un nombre de cheptel considérable » Même si ce chiffre  peut être  inflationniste il reflète sans doute le ressenti du vécu de la déferlante humaine par les habitants d’alors.

Marie Cabanas, Francine Mach toutes les deux enfants de l’école primaire du village et citées par Mr Serge Barba dans son ouvrage « De la frontière aux barbelés.Les chemins de la Retirada 1939 » témoignent  avoir vu arriver les réfugiés : « Nous avons laissé  l’école à ces pauvres gens »,« les habitants leur ont préparé la soupe et les hommes aménagèrent les maisons pour les abriter » …

Yves  Farren enfant lui aussi, se souvient  d’avoir été impressionné voire apeuré par la multitude des gens ainsi que les gardes mobiles  et le régiment des tirailleurs Sénégalais.

Marie Cabanas Laïlle plus tard dans sa vie, écrira ses souvenirs  à ce sujet : « Depuis quelque temps déjà on entendait certains jours des grondements venus de Malrems, d’au-delà de la Serre Alta. Ce n’était pas l’orage, c’était le canon franquiste des dernières batailles de Catalogne ou le bombardement des colonnes de réfugiés se hâtant vers la frontière… »

Elle évoque aussi  que: « La maison des Sœurs de Saint Vincent de Paul était pleine de malades, de blessés, d’éclopés. »  Et que :  «  Le pré de Can Baruti , « el Pla d’Auguet », avait été transformé en un espèce de camp pour ces derniers soldats de l’armée républicaine espagnole.»

Elle évoquera  aussi Mr Dubic, maire à ce moment là,  « qui réquisitionna toutes les épiceries du village  puis demanda l’aide de celles de Serralongue, et du Tech. Il dut supplier la sous-préfecture de Céret pour essayer de ravitailler tous ces malheureux…»

Plus récemment, des années 2002 à 2016 l’association de randonnée locale  « Els amics del Cami del Nord »  en lien étroit  avec « les Marxaïres de Mataro » avaient pris l’habitude de commémorer cet exil  par la marche sur le chemin de Malrems et diverses autres actions pour évoquer cet épisode de la RETIRADA  mais leurs initiatives n’avaient pas été soutenues pour aboutir à un acte symbolique fort.

 Une délégation des Marxaïres de Mataro aurait souhaité venir aujourd’hui. Ils connaissent bien notre village d’autant qu’ils ont contribué avec l’association Lamanéroise à faire homologuer ce Chemin de Malrems en tant que premier chemin Transfrontalier des Pyrénées (GRT83) dès le 2 avril 2004. Les circonstances actuelles ne l’ont pas permis.

La nouvelle équipe municipale, convaincue que la mémoire historique est un élément important pour affirmer l’identité d’un lieu, a décidé de mettre en exergue tout ce qui en fait partie.

C’est ainsi que, la journée d’aujourd’hui,  avec l’accrochage de la plaque-souvenir de la Retirada, vient  tout à la fois, réparer le fait qu’aucune trace de ce passage dramatique n’ait été concrétisée jusque-là, et acter notre devoir de mémoire. Ce magnifique rocher mauve qui l’accueille, a vu passer tous ces réfugiés, et nous est apparu comme le support idéal. Merci à Guy Juanole de nous avoir permis d’y faire ces travaux. Merci à notre adjoint Jacky Pujol et aux employés communaux pour avoir préparé techniquement cet espace.

Au-delà, il s’agit pour nous, en tant que représentants de notre communauté villageoise  d’apporter notre pierre, afin de  transmettre ces évènements à nos jeunes, nos propres enfants et petits-enfants « avant que ne descende l’ombre » comme l’aurait dit notre compatriote écrivaine disparue, Marie Cabanas-Laïlle. Et aussi pour tenir compte de la recommandation célèbre de l’écrivain américano-espagnol  George Santayana: « Ceux qui ont oublié le passé sont condamnés à le revivre ».

Ce lieu mémoriel s’inscrira de surcroît dans le futur parcours historique d’une quinzaine de lieux chargés de l’histoire locale du village, travail en cours de préparation  par la Municipalité et la Commission Municipale « Culture, histoire et Patrimoine ».

Enfin, je veux ici remercier chaleureusement Georges Bartoli pour sa présence et pour nous avoir autorisés à reproduire le dessin de son oncle Josep Bartoli sur la plaque du souvenir de la Retirada à Lamanère. C’est aussi grâce à son travail  que les dessins de son oncle Josep-qui a traversé la frontière ici au Col de Malrems- ont inspiré  le dessinateur-réalisateur Aurel pour son film d’animation « JOSEP » déjà primé 3 fois. Merci à eux pour l’énergie et la créativité déployées. Nous sommes d’autant plus honorés d’accueillir ce dessin à Lamanère.

Evidemment, je dois vous dire notre déception de n’avoir pu accueillir tous les amis qui auraient voulu assister à cet évènement, en raison de la crise sanitaire. Nous avons donc décidé  d’organiser, quand le contexte le permettra,  une journée complète dédiée à la Retirada où nous effectuerons une marche symbolique jusqu’au Col de Malrems, avec l’inauguration d’une autre plaque mémorielle au lieu-dit du Pla de la Côme , zone où les réfugiés faisaient une pause avant de poursuivre leur chemin.

La journée se poursuivra dans le village par une conférence à la salle municipale ou dans le parc du Plaçot, ancienne maison des Sœurs de St Vincent de Paul, et par une exposition de photos et de livres. Parce-que nous voulons nous inscrire pleinement dans le thème choisi pour les Caminos 2021 : « La culture c’est la liberté ».

Restons vigilants jusque-là, en prenant soin de nous, de nos proches, et de tout un chacun.

Merci de votre attention…

Lamanère, Ce dimanche 14 février 2021,

Gisèle Juanole

Maire de Lamanère

 

 

 

Jean-Paul Laïlle

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